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Traversée de l’Atlantique

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C’est le grand départ ! Nous quittons le port de Praia mais je ne réalise pas que nous partons pour près de deux semaines en mer, ni que nous allons traverser un océan et encore moins que nous allons atteindre le continent américain. C’est fou quand j’y pense, il y a encore quelques mois j’étais novice, je n’avais quasiment jamais navigué et ce n’était pas une chose à laquelle je pensais ni rêvais. Et me voilà partie pour vivre cette aventure, réaliser cet exploit sans trop de peur ni d’appréhension, je suis confiante, j’ai confiance en mon capitaine, en notre bateau, en la vie.

Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Sophie-dans-le-cockpit-300x225 Traversée de l'Atlantique  Comme chaque fois que nous partons en navigation, je dois gérer le mal de mer, surtout qu’il y a pas mal de vent et de mer pour notre première journée. Pour le moment je prends juste quelques cachets de « mer calme » (je trouve qu’ils ont vraiment bien trouvé le nom de ce médicament !), je mange des pâtes et je fais des siestes, avec Tsuba évidemment. Je ne me sens pas trop mal, ces trois remèdes semblent fonctionner et je vais pouvoir participer aux quarts. Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Tsuba-câlin-300x200 Traversée de l'Atlantique  C’est toujours difficile de se lever en pleine nuit pour son quart mais c’est très agréable d’être seule, dehors, il ne fait pas froid, les étoiles nous accompagnent, Tsuba aussi me tient compagnie ainsi que Harry Potter que j’écoute avec toujours autant de plaisir même après toutes ces années. Nous avons décidé de faire des quarts de 2h30, je trouve que c’est parfait, les deux premières heures passent vite et la dernière demi-heure n’est pas trop difficile à tenir.

Alex a terriblement envie de pêcher, surtout depuis qu’il a un moulinet de compétition. Le premier jour, avec l’aide de David, il lance la ligne, mais malheureusement les poissons cassent nos hameçons ou même la ligne et emportent tout avec eux… Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Pêche-1-300x200 Traversée de l'Atlantique  C’est dur de les imaginer avec des bouts de métal dans la gueule. D’autant plus qu’avec les 5kg de thon que nous avons acheté juste avant de partir, nous avons assez de poisson pour le moment. Mais Alex réfléchit déjà à de nouvelles techniques, de nouveaux leurres pour les jours suivants. Le lendemain, durant son quart du matin, il lance à nouveau la ligne mais cette fois-ci avec un poulpe en plastique vert fluo en guise d’appât pour essayer d’attraper de plus petits poissons et ainsi éviter la casse. Et ça marche ! Il remonte notre tout premier poisson pêché en navigation. Il a de suite envie de relancer la ligne mais nous lui faisons comprendre que nous avons déjà trop de poisson à manger et que cela peut attendre quelques jours. Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Pêche3-300x200 Traversée de l'Atlantique  Par la suite, nous aurons à nouveau des hameçons et des lignes cassés, mais nous réussirons à pêcher de belles daurades coryphènes dont les magnifiques couleurs disparaissent dès que nous les tuons, des bonites, et même un long petit poisson étrange avec des grosses dents pointues que nous relâcherons. Alex a perfectionné sa technique pour tuer les poissons une fois remontés dans le cockpit, il est rapide et précis, les poissons n’ont pas l’air de trop souffrir. Nous les dégustons en sashimis avec sauce soja et wasabi ou grillés à la poêle. Tsuba en mange aussi beaucoup et heureusement car je n’ai pas assez de pâtée pour elle pour toute la durée de la traversée et comme elle boit peu en navigation elle a besoin de nourriture hydratée. Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Pêche2-300x200 Traversée de l'Atlantique  Et surtout elle adore ça, c’est la première à aller vers la jupe dès qu’elle entend le moulinet s’activer, signe qu’un poisson vient de mordre à l’hameçon. D’ailleurs elle trouve que nous ne pêchons pas assez de poissons et est ravie lorsque des poissons volants s’échouent sur notre pont. Elle les entend et file les récupérer pour les ramener dans le carré. Evidemment elle joue avec eux avant de les manger et met des écailles partout sur les planchers. Une odeur forte et désagréable embaume alors l’intérieur du bateau si bien qu’il faut rapidement les couper en morceaux si on veut limiter les effluves.

Le vent tombe dès notre troisième jour de navigation. Nous n’avons pas envie de mettre le moteur préférant garder le diesel pour le pot au noir que nous n’avons pas encore atteint et que nous ne pourrons pas éviter. Nous avançons donc au ralentit, il fait très chaud et nous en profitons pour nous baigner et nous faire tracter par le bateau en nous accrochant à un bout. Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Spi-300x200 Traversée de l'Atlantique  L’eau est chaude, c’est tellement agréable ! Mais le bateau n’avance vraiment pas. Alex nous propose de tenter de lancer le spi que nous n’avons pas encore eu l’occasion de tester. Il nous explique la manœuvre et nous nous affairons, David et moi dans le cockpit, Alex à l’avant. Ce n’est pas évident, j’ai l’impression qu’il faut être partout à la fois, il ne faut pas que la voile s’enroule ou qu’elle tombe à l’eau, c’est un peu stressant tout ça. Mais nous réussissons ! Seulement, le vent est instable, nous recevons quelques gouttes et préférons le ranger au cas où un grain arriverait subitement.

Le soir tombe, nous nous installons dans le carré pour regarder le film « Life of Pi ». Nous sommes plongés dans cet univers inquiétant et merveilleux à la fois, dans ce conte aux images lumineuses et colorées, et cette aventure hors du commun prend une toute autre dimension lorsqu’on la regarde à bord d’un voilier qui vogue, la nuit, perdu dans l’océan. Vers le milieu du film, David, qui est de veille et sort tous les quart d’heure pour vérifier que tout va bien, nous appelle car il entend des bruits étranges. Nous le rejoignons dans le cockpit, je ne suis pas rassurée, la nuit est noire. Nous écoutons attentivement dans l’obscurité et entendons des souffles qui se mêlent au son des vagues. Je ne comprends pas tout de suite ce qu’il se passe, je suis effrayée, c’est seulement lorsque Alex s’exclame que des dauphins nous accompagnent que je fais le lien et respire à nouveau. David éclaire avec sa frontale et nous apercevons en effet des formes qui nagent autour du Molokoï D’jo. Nous nous rendons à l’avant du bateau afin de mieux les observer, nous éteignons la frontale et à ce moment-là nous assistons à un spectacle magique, féérique, d’une beauté irréelle. Les dauphins dont nous entendions seulement le souffle et n’apercevions que des formes, apparaissent soudain nettement, le plancton lumineux dessine leur contour et nous les voyons clairement nager dans l’eau, avancer rapidement pour rattraper le bateau, passer d’un côté à l’autre devant l’étrave. Ils disparaissent par moment lorsqu’ils font surface puis réapparaissent telles des torpilles lumineuses lancées à vive allure. Je n’ai jamais rien vu d’aussi étrange et d’aussi beau.

La traversée a commencé joyeusement, tranquillement et c’est durant mon quart de la quatrième nuit que pour moi les choses se gâtent. Je commence à me sentir mal, à avoir une douleur intense au ventre, Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Sophie-malade-dans-le-carré-300x169 Traversée de l'Atlantique  je sens que la fièvre me gagne, ce n’est pas le mal de mer, c’est différent. Cela ressemble fortement à une gastro… Alex envoie des messages avec notre téléphone satellitaire à nos parents pour savoir ce que je peux prendre ou faire pour aller mieux. Je me dis que si c’est bien une gastro, il faut prendre mon mal en patience, que cela ne dure jamais bien longtemps, quatre jours maximum et qu’après je pourrai à nouveau profiter de cette traversée. Cela me rappelle la fois où j’avais eu une gastro lors de notre trip en Mongolie, dans une yourte perdue au milieu de nulle part, en plein hiver, il faisait -30°C la nuit et évidemment il n’y avait pas de toilettes… Je repense à cet épisode et me dis que j’ai le don de me mettre dans des situations extrêmes ! Seulement, j’ai très mal au ventre, je n’arrive pas à manger, rMolokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Sophie-malade2-300x200 Traversée de l'Atlantique  ien ne passe et ce n’est pas bon d’avoir l’estomac vide sur un bateau, cela renforce le mal de mer qui à son tour accentue les symptômes de la gastro. La fièvre diminue rapidement mais pas les nausées. Alex me met un scopoderme pour diminuer les effets du mal de mer et je me sens mieux. Mais la douleur au ventre s’étend jusque dans mon dos, je ne peux quasiment pas me lever, je me sens trop faible, je ne mange presque rien, tout le monde s’inquiète, surtout nos proches qui suivent tout ça à distance. Alex et David prennent soin de moi et assurent les quarts à deux. Les jours passent et il y a peu d’amélioration, ce n’est donc pas une gastro. David me dit que cela ressemble à une tourista, qu’il en a eu une et que cela peut durer jusqu’à deux semaines. Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Sophie-malade-300x200 Traversée de l'Atlantique  D’un côté cela me rassure car ce n’est rien de grave mais de l’autre cela veut dire que je vais subir le reste de la traversée sans en profiter. Le moral diminue de jour en jour. Je me réfugie, une fois de plus, dans le monde magique de Harry Potter pour oublier la douleur et cela fonctionne assez bien, mon casque vissé sur les oreilles, les yeux fermés, j’écoute les livres audio et m’évade dans cet univers familier, rassurant, comme je fais chaque fois que je traverse une période difficile.

Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Sophie-avant-bateau-pot-au-noir-300x169 Traversée de l'Atlantique  Le passage dans le pot au noir va me rebooster et m’aider à aller mieux. Une semaine après notre départ nous entrons dans un immense lac, dans cette mer d’huile d’un bleu indescriptible qui se mêle au brun des sargasses, ces algues qui viennent s’échouer sur les côtes des Antilles et polluent les plages. Le temps semble s’être arrêté. Le Molokoï D’jo avance grâce au moteur, des dauphins viennent s’amuser avec lui, l’eau est tellement claire que nous les distinguons même dans les profondeurs. Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Sargasse-300x200 Traversée de l'Atlantique  L’ambiance est calme, paisible, à part le bruit du moteur qui tourne sans cesse. Il fait beau et chaud, le ciel est bleu, les nuages semblent nous entourer sans jamais s’approcher, nous apercevons des grains au loin mais le soleil brille au dessus de nous. Nous arrêtons le moteur, le bateau n’avance plus et nous plongeons dans cette eau claire et immobile. Malgré les 3000 mètres de profondeurs, l’eau est chaude à la surface, c’est extrêmement agréable, mon corps se détend, la douleur s’atténueMolokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Bleu-profondeur-300x169 Traversée de l'Atlantique  . Je mets mon masque et jette un œil dans les profondeurs, c’est incroyable ! Les rayons du soleil descendent à perte de vue, l’eau est claire, le bleu est intense. Je ne m’éloigne pas du bateau, une main toujours accrochée à l’échelle, je me sens encore faible et malgré tout je ne suis pas rassurée, je ne peux m’empêcher de penser à tous les animaux qui vivent dans les profondeurs et qui m’observent sans doute. C’est un moment unique, extraordinaire.

Nous ne resterons que deux jours dans le pot au noir, 36 heures de moteur exactement. La sortie se fait plus difficilement, comme s’il voulait nous retenir, la pluie s’abat sur nous, sans cesse, le vent augmente, change de direction, Alex et David passent la nuit à manœuvrer, à changer les voiles, prendre des ris, Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Linge-qui-sèche-200x300 Traversée de l'Atlantique  les relâcher, ils sont trempés. Le jour se lève, les grains nous accompagnent encore, Alex et David sortent en caleçons et gilet de sauvetage car ils n’ont plus d’affaires sèches, ils sont épuisés. Alex tente de récupérer de l’eau de pluie en accrochant un seau à la bôme, cela fonctionne pendant un temps, nous remplissons rapidement un bidon de cinq litres, puis au deuxième essai, le seau se vide entièrement sur lui ! Heureusement, il ne portait rien d’autre que son gilet de sauvetage, très sexy !

Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Sophie-cuisine-200x300 Traversée de l'Atlantique  Petit à petit, je retrouve l’appétit, je me nourris de fruits en conserve, de chappattis préparés par David et de crêpes préparées par Alex. Je reprends des forces, je peux jouer aux cartes, lire des guides sur le Brésil avec Alex pour préparer la suite du voyage, trier nos vidéos et nos prises de sons. Je réussis même à me préparer à manger en m’attachant à la cuisinière à l’aide d’une sangle, mais je me sens encore très faible. Cela fait maintenant douze jours que nous sommes partis, j’ai l’espoir que l’arrivée est proche mais malheureusement le vent est contre nous. Il devrait tourner et nous permettre d’approcher l’île de Fernando de Noronha mais les jours passent et il ne change pas de direction. L’île se rapproche mais semble hors d’atteinte. Des oiseaux viennent nous narguer. Nous sommes au près depuis cinq jours, Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Paille-en-queue-300x169 Traversée de l'Atlantique  nous vivons penchés, tout mouvement est difficile. Les vagues aussi sont contre nous, elles malmènent le bateau, le frappent dans un bruit assourdissant qui me fait sursauter chaque fois. Cette traversée me semble interminable…


Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Cerf-volant-fabrication-300x169 Traversée de l'Atlantique  Heureusement, David a toujours une idée pour nous amuser et nous faire penser à autre chose. Durant la navigation, il s’est lancé dans la fabrication d’un cerf-volant et après avoir sculpté quatre baguettes de bois, les avoir collées entre elles, et y avoir attaché un grand sac plastique, il me confie la tâche de réaliser la queue du cerf-volant, sous le regard attentif de Tsuba évidemment. Et lors de notre dernière après-midi en mer nous essayons de le faire voler, ce qui n’est pas chose facile avec le vent qui forcit. Nous faisons plusieurs essais et réussissons à le faire planer Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Cerf-volant-300x169 Traversée de l'Atlantique  quelques secondes avant qu’il ne s’écrase. Le temps de vol fut extrêmement limité comparé aux heures de travail fournies durant la fabrication mais je me suis beaucoup amusée, cela m’a fait un bien fou. Merci David !

Enfin, à mon grand soulagement, nous finissons par mettre le moteur pour vaincre les éléments et atteindre notre destination au bout de seize jours de navigation à travers l’océan Atlantique.

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