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Santiago

Après deux jours merveilleux passés à Maio, nous partons pour Santiago, au moteur car le vent est absent… Mais comme David, notre équipier pour la traversée de l’Atlantique, est arrivé sur l’île la veille, nous avons envie de le rejoindre rapidement. Au début, nous pensions aller directement à Praia, la capitale de Santiago, où se trouve l’aéroport, pour récupérer David et déposer Lucas et Charline. Mais de nombreux avis négatifs sur cet endroit disant que le mouillage est dangereux, que des bateaux sont régulièrement attaqués et pillés, nous font changer d’avis et nous nous dirigeons à Tarrafal, au nord de l’île.

Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Mouillage-Tarrafal2-300x225 Santiago  Nous arrivons en fin d’après-midi, et observons la plage afin de voir si David a bien reçu nos instructions pour nous retrouver là-bas. Au bout d’un moment, nous apercevons une lumière qui clignote, quelqu’un nous fait signe. J’attrape les jumelles et vois avec soulagement que c’est bien David qui est là sur la plage ! Alex part le récupérer avec l’annexe, la nuit tombe doucement, nous sommes heureux de nous retrouver.

Molokoï D'jo et les Guetteurs de Vent Restaurant-Tarrafal-300x225 Santiago  Le lendemain, nous allons à terre profiter de la plage et déjeuner dans une cabane au bord de l’eau. Nous faisons la connaissance de Victor qui s’est fabriqué une habitation dans un arbre sur la plage et qui propose de nous cuisiner un repas à quelques mètres au-dessus du sol. Cela nous amuse et nous nous disons que nous tenterions peut-être l’expérience plus tard, sans finalement avoir eu l’occasion de le faire.

Pendant que Lucas et Charline profitent de leur dernière journée de vacances avant leur retour en France, Alex, David et moi allons dans la ville pour effectuer les papiers d’arrivée sur l’île en bateau, en essayant de voir si nous pouvons éviter d’aller à Praia pour obtenir notre visa de sortie. Mais malheureusement, le passage par Praia semble obligatoire. En errant dans les rues, l’impression de calme et de sérénité ressentie à Vila do Maio disparaît, l’ambiance est totalement différente ici, je me sens observée, je suis mal à l’aise et j’ai hâte de retourner sur le bateau.

C’est le jour du départ de Lucas et Charline. C’est bizarre de leur dire au revoir après avoir passé un mois avec eux et d’avoir partagé tant de choses. Ce n’est pas toujours facile de passer 24h/24 avec les mêmes personnes, enfermés sur un bateau, on n’a plus vraiment d’intimité. Mais cela s’est toujours très bien passé avec eux, nous avons à peu près le même rythme, les choses se passent simplement, naturellement, chacun se sent libre d’agir comme il le souhaite, sans complexe, c’est une chance ! C’est donc avec un pincement au cœur que nous leur disons au revoir, en espérant les revoir vite sur Paris ou mieux à bord du Molokoï pour de nouvelles aventures.

Comme nous n’avons pas envie de passer trop de temps à Praia, nous décidons de faire un maximum de choses dans la préparation de la traversée à Tarrafal. Les jours suivants sont donc occupés par le nettoyage du bateau, les courses, le remplissage des cuves d’eau à l’aide de bidons empruntés à des voisins de mouillage, l’installation du shunt qui nous manquait pour faire fonctionner notre indicateur de charge et que David a ramené dans ses bagages. Tout ceci entrecoupé de moments de plage, de baignade, de snorkeling et de pêche bien sûr.

 

Nous sommes quasiment prêts et partons pour Praia. La navigation est étrange. Nous partons avec très peu de vent, puis tout d’un coup des rafales à 30 nœuds arrivent, puis tout aussi soudainement, plus de vent, nous terminons au moteur. Nous savions qu’il y avait un effet venturi de ce côté de la côte mais cela reste impressionnant. Lorsqu’on regarde la mer, on peut voir l’endroit où le vent démarre et là où il s’arrête en observant la présence de moutons sur les vagues.

Nous arrivons à Praia en fin d’après-midi, il n’y a qu’un seul voilier au mouillage au milieu de la baie, cela ne nous fait pas du tout envie… Puis on voit un homme nous faire des signes sur un bateau amarré à l’entrée du port de pêche. Nous décidons d’aller voir et il nous propose de nous mettre à couple avec le bateau sur lequel il se trouve qui est lui-même à couple avec un bateau amarré au quai, ce que nous faisons en pensant que cela sera plus pratique pour aller à terre faire les dernières courses et les papiers.

Au bout d’un moment nous nous rendons compte que l’homme en question est étrange, ce qui ne nous rassure pas vraiment. Il veut qu’on lui donne une orange pour le remercier de nous avoir aidés à amarrer et insiste pour savoir quel est notre programme pour les jours à venir. Il reste un peu avec nous, nous mettant mal à l’aise puis s’en va. Nous faisons alors connaissance avec un jeune homme qui semble travailler sur le bateau amarré au quai, il s’appelle Quentino et garde le bateau auquel nous nous sommes mis à couple. Il parle bien français et nous apprend que celui qui nous a fait des signes est plus ou moins à la rue et qu’il a pris l’habitude d’appeler les bateaux pour essayer d’en être le gardien lui aussi, pour gagner un peu d’argent. Quentino nous donne très bonne impression et nous sommes rassurés de le savoir près de nous (d’ailleurs si un jour vous passez par Praia en bateau et que vous avez besoin de ses services voici son mail : ).

La soirée est plus détendue, nous commençons à appeler nos familles car c’est bientôt le grand départ. Tsuba, qui vient de passer près d’un mois au mouillage, se balade sur le bateau d’à côté, elle fait des allers-retours et j’espère qu’elle ne va pas aller trop loin. Soudain, elle file à toute allure se réfugier à l’intérieur du bateau. Je vais voir ce qu’elle a et m’aperçois qu’elle est trempée ! Elle a dû tomber à l’eau sans qu’on s’en rende compte. J’essaie de la sécher avec une serviette mais elle veut surtout que je la laisse se lécher pour enlever l’eau salée. Au moins elle n’ira plus se balader ! Mais elle a mouillé tous nos coussins et les planchers, il va falloir tout faire sécher.

Le lendemain, nous nous réveillons tôt car nous avons encore pas mal de choses à faire avant le grand départ : dégonfler l’annexe, la nettoyer et la ranger, faire la sortie du territoire, quelques courses, remplir nos bidons d’essence en prévision du fameux « pot au noir » (la zone de convergence intertropicale), préparer notre grab bag (bidon dans lequel nous mettons les affaires dont nous aurons besoin si nous devons quitter le voilier en urgence, comme des vêtements, de la nourriture, de l’eau, de la crème solaire, de quoi pêcher, des fusée de détresse…, autant dire qu’on espère ne jamais avoir à s’en servir !). Il n’y a quasiment aucun bruit autour de nous à part le moteur d’un navire de commerce stationné près de nous. Nous nous disons que nous devons sûrement être dans un endroit perdu, loin du centre ville, et décidons de nous répartir les tâches de façon à avoir toujours quelqu’un à bord.

Alex et moi partons pour effectuer les démarches pour être en règle lors de notre départ du Cap Vert pendant que David s’occupe de l’annexe que nous avons d’ailleurs retrouvée un peu dégonflée au réveil… Nous ne savons pas encore pourquoi, est-ce une éraflure, une forte pression lorsqu’elle s’est retrouvée coincée entre notre bateau et celui avec lequel nous nous sommes mis à couple, ou Tsuba en tombant à l’eau ? Le temps presse, nous investiguerons plus tard. Nous passons d’un bateau à l’autre jusqu’à atteindre le quai et cherchons la sortie pour rejoindre la route que nous imaginons trouver derrière le bâtiment de pêche. Mais impossible de trouver une ouverture, d’un côté il y a la baie, de l’autre un mur, et au milieu des portes grillagées, nous sommes coincés ! C’est alors que des jeunes qui nous observaient faire des allers-retours, nous font signe de retourner vers le mur situé à l’extrémité du quai. Nous y allons et comprenons que pour passer de l’autre côté nous devons contourner le mur en passant au dessus de l’eau. Et là surprise, nous découvrons une vie très animée, des étals de poissons partout, des odeurs, des bruits, comme si tous ces gens étaient en pause et attendaient notre arrivée pour s’animer. Jamais nous n’aurions imaginé qu’il y aurait autant d’animation de l’autre côté du mur !

Ce n’est pas toujours évident d’effectuer les démarches administratives, il faut se rendre dans différents endroits, la capitainerie pour les documents concernant le bateau, puis la police pour nos papiers. Le personnel semble parfois ignorer ce qu’il doit faire, quels documents il doit remplir, l’attente est toujours un peu stressante devant ces gens en uniforme, alors, pour patienter, nous regardons une telenovela brésilienne qui tourne en boucle sur la télévision dont est doté chaque bureau administratif.

Après avoir obtenu notre visa de sortie du territoire, nous retournons au bateau et cette fois-ci ce sont Alex et David qui partent pour les courses et le plein d’essence tandis que je m’occupe du grab bag et du nettoyage du bateau. Avec nos derniers sous cap verdiens, nous achetons un thon de 5kg au cas où nous n’arriverions pas à pêcher durant les premiers jours de navigation.

Le soir, nous appelons une dernière fois nos familles et nos amis avant de partir pour au moins 12 jours de navigation à travers l’Océan Atlantique. Je ne suis pas stressée mais plutôt excitée à l’idée de partir pour cette longue traversée. Je rassure mes proches en leur disant que nous sommes prêts, que nous avons assez d’eau et de nourriture pour tenir plusieurs semaines, que la météo est plutôt bonne et que de toute façon nous avons un téléphone satellitaire en cas de nécessité. Si j’avais su à ce moment-là que nous allions réellement l’utiliser…

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